Industrialisation verte : le Sénégal plaide pour une transition compétitive et inclusive
Energie

Industrialisation verte : le Sénégal plaide pour une transition compétitive et inclusive

31 juillet 2026

Face aux nouvelles exigences des marchés internationaux et aux impératifs de la transition énergétique, l'industrialisation verte s'impose désormais comme un levier stratégique pour renforcer la compétitivité des économies africaines. Réunis à Dakar à l'occasion d'une table ronde organisée par Africa Climate Insights, en partenariat avec l'Association des journalistes pour la transparence dans les ressources extractives et la préservation de l'environnement (Ajtrepe), experts, représentants de l'État, société civile et journalistes ont appelé à une mobilisation collective pour réussir cette transformation.

Pour Abdoul Aziz Samb, expert en efficacité énergétique au Bureau de mise à niveau des entreprises (BMN), le débat ne porte plus sur l'opportunité de l'industrialisation verte, mais sur son caractère désormais incontournable. « L'industrialisation verte n'est plus une option, c'est une exigence pour survivre », a-t-il affirmé, soulignant que les mutations des échanges commerciaux imposent une adaptation rapide des industries sénégalaises.

Selon lui, les grandes économies mondiales, à commencer par l'Union européenne, ont déjà instauré des mécanismes de taxation carbone aux frontières qui pénalisent les produits à forte empreinte carbone. La Chine envisage également des dispositifs similaires. Dans ce contexte, les entreprises qui ne moderniseront pas leurs procédés de production risquent de perdre leur accès aux marchés internationaux.

L'expert précise toutefois que l'industrialisation verte ne signifie pas un ralentissement de l'activité industrielle. Au contraire, elle vise à améliorer la performance des entreprises à travers une meilleure efficacité énergétique, une réduction de la consommation des énergies fossiles et l'intégration des énergies renouvelables. « Il s'agit de rendre notre industrie plus productive, plus compétitive et mieux préparée aux exigences climatiques de demain », a-t-il expliqué.

Au Sénégal, cette orientation est déjà intégrée dans les politiques publiques. Le Bureau de mise à niveau, en collaboration avec le ministère de l'Industrie, pilote une stratégie nationale d'industrialisation verte qui prévoit notamment la modernisation des équipements industriels, le développement de filières vertes et la valorisation de nouvelles opportunités économiques.

Abdoul Aziz Samb cite notamment les secteurs des batteries destinées à la mobilité électrique ou encore la fabrication locale de mâts pour les lampadaires solaires comme autant de créneaux susceptibles de créer des emplois, de générer de la valeur ajoutée et de renforcer le tissu industriel national. Pour lui, l'industrialisation verte constitue un véritable moteur de croissance en cohérence avec les ambitions de la Vision Sénégal 2050.

Mais cette transition ne pourra se concrétiser sans un accès accru aux financements internationaux. C'est le principal message porté par Madeleine Sarr Diouf, directrice de la Transition écologique au ministère de l'Environnement et de la Transition écologique. Si elle adhère pleinement au principe d'une industrialisation verte, elle insiste sur la nécessité d'accompagner financièrement les pays africains.

« Oui à l'industrialisation verte, mais les financements doivent être disponibles », soutient-elle. Selon elle, les budgets nationaux ne permettront pas, à eux seuls, de supporter les investissements nécessaires pour transformer durablement les systèmes de production.

Elle appelle ainsi la société civile africaine à intensifier son plaidoyer auprès des partenaires techniques et financiers afin que davantage de ressources soient mobilisées. Pour la responsable, le débat ne doit pas se limiter aux seuls fonds verts. D'autres mécanismes internationaux, notamment ceux alimentés par le secteur privé ou les grandes multinationales, doivent également être mis à contribution afin de soutenir les efforts des pays en développement.

Au-delà des aspects techniques et financiers, les organisateurs ont insisté sur la nécessité d'une communication stratégique pour favoriser une meilleure appropriation des enjeux par l'ensemble des acteurs.

Directrice pays de Africa Climate Insights, Awa Traoré estime que cette transition exige une réponse concertée associant chercheurs, experts, journalistes, décideurs publics et organisations de la société civile. Selon elle, la plateforme entend justement créer un espace de dialogue permettant d'alimenter un débat public fondé sur des données scientifiques et une information de qualité.

La table ronde visait ainsi à renforcer les capacités des médias sur les questions liées à l'industrialisation verte afin qu'ils puissent mieux informer les populations sur les défis climatiques, les perspectives économiques et les opportunités offertes par cette nouvelle dynamique de développement.

Les participants ont, en définitive, convergé vers une même conviction : la réussite de l'industrialisation verte au Sénégal dépendra autant de la modernisation des entreprises que de la mobilisation de financements adaptés et de l'implication active de l'ensemble des parties prenantes dans un dialogue permanent.

Y.S.

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